La Forêt d’exception de Shirakami-Sanchi

samedi, sept. 5, 2026 | 8 minutes de lecture | Mise à jour le samedi, sept. 5, 2026

Hugo
La Forêt d’exception de Shirakami-Sanchi

Au Nord de la plus grande île de l’archipel japonais, au cœur des monts Shirakami, se trouve une forêt vieille de plus de 8000 ans.

Les Hêtres dominent cette région depuis des millénaires, subsistants aux changements du climat et à une ère glaciaire. Aujourd’hui, la forêt de Shirakami-Sanchi est la plus grande forêt vierge de Hêtres en Asie de l’Est. Sur les 130 000 hectares du massif forestier, 17 000 hectares sont inscrits au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Mari Shiratori, conseillère en environnement au Centre de conservation du Patrimoine mondial de Shirakami-Sanchi, nous a permis d’en apprendre davantage sur cet écosystème unique au monde.

Une forêt millénaire

Origines de sa formation

Suite au réchauffement global du climat de la Terre à la fin de la dernière ère glaciaire il y a 10 000 ans, la faune et la flore ont progressivement migré vers le Nord partout dans le monde. Les Hêtres composant la forêt actuelle ont suivi cette migration, on estime ainsi que la forêt de Shirakami-Sanchi s’est formée il y a environ 8 000 ans.

Cette migration des espèces végétales vers le Nord a été possible sur le territoire japonais, mais il n’en est pas de même partout dans le monde. En Europe et en Amérique du Nord, des forêts de Hêtres similaires existaient également à la même période. Cependant, sur ces deux continents, de vastes barrières naturelles telles que des chaînes de montagnes ou des grands lacs s’étendent sur un axe Est-Ouest. Ces barrières naturelles ont grandement limité la migration d’espèces végétales durant les périodes glaciaires successives au cours des 2,5 derniers millions d’années.

Photo de la forêt sous la neige Photographie de la forêt de Shirakami Sanchi sous la neige

Avec un territoire dénué de barrières naturelles de ce genre, les forêts japonaises ont subsisté aux périodes glaciaires successives en conservant leur diversité. Aujourd’hui, la forêt de Shirakami-Sanchi est un vestige de compositions végétales datant de plusieurs millions d’années.

Activité forestière

À la fin du XVIème siècle, de grandes quantités de bois ont été prélevé dans les forêts de la région pour la construction de monuments. Des arbres ont été coupé dans les montagnes, puis transportés vers l’Ouest du Japon par transport maritime. Durant le XVIIème siècle, l’industrie forestière se développe davantage jusqu’à une déclaration clé de la part du pouvoir : ”Les montagnes sont les trésors de la nation ; si les montagnes s’appauvrissent, le pays s’appauvrit également”. Avec sa topographie montagneuse, la forêt de Shirakami-Sanchi a été épargnée grâce à ces mesures de conservation.

À la suite de la Seconde Guerre Mondiale, la demande en bois du Japon s’intensifie à nouveau et la nation se tourne vers des forêts autrefois épargnée de l’exploitation forestière. En 1982, la construction de deux routes forestières vers le coeur de la forêt est entamée, mettant en péril une région jusqu’ici épargnée. La Société japonaise de protection de la nature s’est interposée, causant l’arrêt des travaux. Le recueil d’objections auprès des habitants de la région a finalement conduit à l’arrêt total des travaux. En 1990, L’Agence forestière, qui fait partie du Ministère de l’Environnement japonais, a classé la forêt de Shirakami-Sanchi comme “écosystème forestier protégé”.

Photo de coucher de soleil

De nos jours, environ 69 % du territoire japonais est occupé par de la forêt. Cependant, Mari Shiratori affirme que ”malgré la grande superficie occupée par les forêts au Japon, les forêts anciennes sont assez rares”. En effet, les forêts primaires, c’est-à-dire les forêts n’ayant jamais été exploité ni modifié de façon importante par l’humain, constitueraient environ 4 % de la surface forestière japonaise totale. Cela fait de la forêt de Shirakamai-Sanchi l’un des derniers écosystèmes forestiers épargnés de l’exploitation forestière.

Un écosystème riche

La particularité de cette forêt provient de sa composition floristique, dominée par le Hêtre du Japon (Fagus crenata).

Dans le reste du monde, les forêts faisant face à un climat hivernal aussi rude sont principalement dominées par les conifères. Pourtant, les forêts de feuillus abritent bien souvent une biodiversité plus riche que les forêts de conifères. Les feuilles tendres comme celles des Hêtres constituent une ressource nutritive bien plus accessible que les épines de résineux pour de nombreux herbivores. De plus, les feuilles mortes alimentent durablement le sol en matière organique et améliorent le cycle de l’eau, tandis que les épines de résineux, coriaces et riches en tanins, se dégradent moins bien et acidifient le sol sous leur pied.

Mari Shiratori ajoute que le Hêtre du Japon (Fagus crenata) est très différent du Hêtre communément retrouvé en Europe (Fagus sylvatica). Les fruits que produisent les Hêtres, appelés faînes, sont des fruits secs riches en protéines et en lipides semblables à de petites châtaignes. En Europe, les faînes produites sont petites et coriaces, mais elles sont bien plus volumineuses et abondantes chez les Hêtres du Japon. Elles occupent ainsi une place centrale de l’écosystème en servant de nourriture de base à de nombreux animaux en tout genre.

Photo de faîne Photographie de faîne, le fruit produit par le Hêtre

Grâce à sa flore productive et diversifiée, la forêt accueille une faune particulièrement riche. Le haut de la chaîne alimentaire est occupé par l’Ours noir japonais (Ursus thibetanus ssp. japonicus), le Saro japonais (Capricornis crispus) et le Macaque japonais (Macaca fuscata) (lien vers l’article sur le Macaque Japonais). La forêt accueille 90 espèces oiseaux, les plus grandes étant l’Aigle montagnard (Nisaetus nipalensis), l’Aigle royal (Aquila chrysaetos) et le Pic noir (Dryocopus martius). Avec les rongeurs, ils participent activement à la dispersion des faînes et autres graines. De plus, les eaux claires parcourant la forêt sont appréciées par les 13 espèces d’amphibiens et les 9 espèces de reptiles qu’on y retrouve, ce qui est très élevé pour un écosystème au climat si froid.

Photo de Pic épeiche Photographie d’un Pic épeiche

Les écosystèmes intacts aux processus écologiques et biologiques exceptionnels de la forêt de Shirakami-Sanchi lui ont valu d’être l’un des premiers sites japonais classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO en 1993.

Actions des centres de conservation

Après l’inscription au Patrimoine mondial de l’UNESCO, un premier centre a été construit dans la préfecture d’Aomori, au Nord de la forêt. Un second centre a ensuite été construit en 1998 dans la préfecture d’Akita, au Sud de la forêt. Il s’agit du Centre de conservation du Patrimoine mondial de Shirakami-Sanchi, où travaille actuellement Mari Shiratori.

Pour Mari Shiratori, sensibiliser la population est essentiel pour assurer la conservation de la forêt, qui est justement l’objectif principal du centre. À l’intérieur, on y retrouve une grande exposition ainsi que des brochures explicatives sur la forêt, son histoire et sa biodiversité. Des guides offrent des visites au coeur de la forêt, permettant aux visiteurs d’expérimenter l’ambiance de la forêt par eux-mêmes. À côté de cela, le centre récolte des données climatiques et de terrain, contribuant au suivi du massif.

Photo du centre de conservation Photographie du Centre de conservation du Patrimoine mondial de Shirakami Sanchi

Mari Shiratori espère attirer toujours plus de monde pour faire découvrir la beauté de cet endroit au plus grand nombre.

Menaces et perspectives d’avenir

Malgré sa protection et les mesures mises en place par les organismes de conservation, plusieurs menaces pèsent sur l’avenir de la forêt.

Le changement climatique

Le changement climatique reste l’élément le plus incertain pour le maintien de la forêt sur le long terme. Avec une durée de vie moyenne de 150 à 300 ans, les Hêtres matures peuvent se montrer résilients face à des évènements climatiques extrêmes. Les plus jeunes individus, par contre, peineront à grandir dans un environnement qui ne leur est plus favorable. Une hausse générale des températures rendrait progressivement l’environnement plus propice à la pousse d’autres espèces de feuillus, entraînant un déclin dans les peuplements de Hêtres.

D’un autre côté, si la quantité et la diversité des pollinisateurs continue à diminuer, cela compromettrait la capacité des Hêtres à produire des faînes en quantité, ce qui pourrait se répercuter sur l’ensemble de l’écosystème.

Photo de pollinisateur Photographie d’un insecte pollinisateur

Une faune en mouvement

En 2025, 13 personnes sont décédées des suites d’attaques d’Ours noir au Japon. Les risques concernant cette espèce sont devenus très préoccupants ces dernières années, et la forêt de Shirakami-Sanchi n’est pas épargnée par le problème.

Mari Shiratori explique qu’autrefois, de nombreuses personnes vivaient plus haut dans la montagne avec leur potager et leurs arbres fruitiers. Bon nombre de ces habitations ont aujourd’hui été abandonnées, mais certains vergers persistent et les Ours en profitent pour se nourrir. L’année 2025 a été marquée par une absence quasi-totale de graines de Hêtres, qui constitue pourtant une part importante de la nourriture des Ours. Grâce à leur odorat très développé, les Ours reconnaissent les odeurs des arbres fruitiers plantés par les humains, et descendent des montagnes en direction des installations humaines en recherche de nourriture, où les accidents se produisent. Cela créé de l’insécurité pour les habitants et nuit à l’image de la forêt.

Photo d’Ours noir Photographie d’un Ours noir du Japon en captivité au Zoo de Tama à Tokyo

L’évolution des populations de Cerfs sika (Cervus nippon) inquiète également les gestionnaires. En raison de facteurs environnementaux comme la quantité importante de neige en hiver, la forêt n’abritait pas cette espèce avant l’identification d’un premier individu en 2015. Les effectifs de Cerfs sont à la hausse dans tout le Japon depuis le milieu du XXème siècle, et en l’absence de prédateurs, ils causent des dommages importants aux cultures et aux milieux naturels (lien vers l’article sur le Cerf sika). Le risque concerne principalement les arbres matures, puisque les Cerfs consomment leur écorce en hiver. L’Agence forestière évalue actuellement leur population pour préparer d’éventuels opérations d’exécutions.

Photo de Cerf sika d’Hokkaido Photographie d’un Cerf sika d’Hokkaido

Un écosystème unique à préserver

Survivante des ères glaciaires successives, la forêt de Shirakami-Sanchi agit aujourd’hui comme témoin des forêts peuplant les régions tempérées durant la précédente ère glaciaire. Plus que l’exploration de milieux naturels reculés, ce massif nous offre l’occasion unique de remonter dans le temps et de découvrir dans quel environnement nos ancêtres évoluaient.

Sauvée in extremis de l’exploitation forestière à la fin du XXème siècle, la forêt se montre plus que jamais fragile face aux conséquences des actions humaines. Il est de notre devoir de conserver ces vestiges afin que, des générations après nous, d’autres puissent s’émerveiller sous ces arbres au passé millénaire.

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Voilà l'équipe de la mission 2026

Voilà une brève présentation des membres de l’équipe fondatrice de BiOdyssée et qui participera à l’expédition 2026 au Japon.

photo équipe

Et on remercie Brieuc (au centre de la photo) qui est venu nous rejoindre pour quelques jours !

Hugo - Co-président

Étudiant en Gestion et ingénierie de l’environnement à AgroParisTech, je suis passionné par la paléontologie et l’évolution 🦖🦴🧬.

J’aspire à travailler dans le domaine de la gestion des milieux naturels, plus précisément pour la conservation ou la restauration des milieux humides en France 🐸🐟🌿, qui ont perdu une part très importante de leur surface ces derniers siècles. Je me suis ainsi toujours intéressé à l’évolution des espèces et des écosystèmes dans le temps, c’est pourquoi ce projet de césure me motive tant !

Contact : hugo.roger@agroparistech.fr

photo rando

Théophile - Co-président

Étudiant en ingénierie de l’environnement passionné d’entomologie et en particulier de myrmécologie 🐜, mon objectif est de faire de la recherche en environnement en particulier sur les dynamiques génétiques des populations 🧬🐜 (de fourmis bien évidemment).

Je fais partie de l’association naturaliste “les “Blairoudeurs 🦡” avec laquelle je suis parti faire de la prospection et de la sensibilisation en Corse lors de la Mission Isula. Ce projet de césure est une super opportunité de continuer cette expérience mais à une échelle bien plus vaste et exotique tout en continuant de me former sur la connaissance des différents écosystèmes et leurs moyens de gestions dans un autre pays.

Contact : theophie.thomas@agroparistech.fr

photo stylée

Lucie - Responsable communication

Étudiante en Gestion et ingénierie de l’environnement à AgroParisTech, je suis fascinée par à peu près tout ce qui se rapporte à l’océan 🌊.

C’est dans l’optique d’allier travail et passion, que je m’oriente vers la biologie marine. Plus particulièrement, j’aimerais travailler dans la conservation ou la gestion des écosystèmes marins. La faune 🐠🐋🐙, autant que la flore aquatique me passionnent et c’est pour pouvoir l’observer de plus près que je fais de la plongée sous-marine 🤿.

Ce projet est pour moi l’opportunité de découvrir de nouveaux milieux aquatiques 🌊🪸🌿 et de comprendre tous les enjeux qui pèsent dessus.

Contact : lucie.lowagie@agroparistech.fr

photo

Solal - Trésorier

Étudiant en agronomie et passionné par l’histoire 🧭⌛🏹 et l’éthologie 🐁🧠🧪, j’espère utiliser cette opportunité pour observer le comportement des animaux dans leur milieu naturel. Par la suite, j’aimerais faire de la recherche 👨‍🔬 ou être enseignant dans l’enseignement supérieur 🧑‍🏫, et cette césure me permettrait de développer mes capacités de synthèse et d’observation.

Le fait de pouvoir allier recherche historique et observation animale — le tout dans le but de ne pas reproduire les erreurs du passé — est la raison pour laquelle ce projet m’intéresse.

Contact : solal.free@agroparistech.fr

photo qui fait peur

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